Fiche Google d’une dentiste supprimée : une décision judiciaire inédite en France

  • 5 décembre 2025

La cour d’appel de Chambéry a ordonné la suppression d’une fiche Google My Business associée à une chirurgienne-dentiste, créée sans son accord et saturée d’avis négatifs. Une décision exceptionnelle qui rebat les cartes du rapport entre plateformes numériques, pratiques médicales et protection des données personnelles.

Google My Business : un outil puissant… mais imposé

Avant de choisir un praticien, de nombreux patients se fient désormais aux avis publiés sur les plateformes numériques. Les fiches Google My Business, automatiquement générées pour les commerces, institutions ou cabinets médicaux, constituent souvent la première source d’information visible en ligne.

Mais cette visibilité n’est pas toujours désirée par les professionnels. Dans cette affaire, la fiche d’une dentiste avait été créée sans qu’elle ne soit informée ni consultée. Les avis négatifs s’y accumulant, la praticienne n’avait d’autre choix que de créer un compte Google pour y répondre, ce qui impliquait de fournir des données personnelles qu’elle ne souhaitait pas partager.

La cour d’appel reconnaît le droit à l’effacement

Saisie par la dentiste, la cour d’appel de Chambéry a décidé de faire droit à sa demande, en s’appuyant sur le RGPD. Les juges ont considéré que :

  • la praticienne est une personne privée identifiable,
  • elle dispose, comme tout citoyen, d’un droit à l’effacement de ses données,
  • Google a créé cette fiche dans un objectif principalement commercial,
  • la liberté d’expression des patients ne saurait l’emporter lorsque la fiche elle-même a été publiée sans consentement.

Les arguments de Google, fondés sur l’intérêt du public à être informé, n’ont donc pas suffi. La cour a également souligné que le secret médical limite fortement la capacité des praticiens à répondre aux avis, déséquilibrant le débat public.

Fait notable : durant la procédure, la dentiste a pu obtenir les noms de certains auteurs d’avis particulièrement négatifs et les contacter, ce qui a permis le retrait de plusieurs commentaires.

Un précédent qui pourrait faire évoluer les pratiques

Cette décision, inédite en France, replace le contrôle entre les mains des professionnels de santé. Elle ouvre la voie à de nouvelles revendications concernant la gestion des données personnelles.

Aujourd’hui, en l’absence d’indicateurs fiables et publics, les avis Google apparaissent comme un substitut imparfait. Leur caractère non vérifié, leur usage parfois stratégique ou malveillant et l’absence de possibilité pour les praticiens d’y répondre librement en raison du secret médical, posent question.